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« I don’t believe in guilt, I believe in living on impulse as long as you never intentionally hurt another person, and don’t judge people in your life. I think you should live completely free. » (AJ)

 

L’amour est un don précieux dont tout le monde n’est pas digne d’être honoré, loin de là. Qu’est-ce l’amour ? Un trésor. Car l’homme aimé n’est pas qu’un objet, c’est une identité que l’on usurpe jusqu’à ce que l’amour s’étiole.

L’amour vrai ne supporte pas le déchirement. On ne peut rien construire sur ce qui serait originellement une scission ; moi, je n’y crois pas. L’amour fait de moi une poupée : un pantin qui se plie aux goûts et aux humeurs de son détenteur ; une poupée, car le jouet porte en lui une candeur virginale que l’on veut retrouver à chaque rencontre. La virginité est un état en devenir ; l’homme, dans les premiers moments où l’amoureuse entre dans le tourment, lui impose naturellement une amnésie complète : les autres n’ont jamais compté, ils n’ont même jamais existé et c’est comme ça.

L’homme aimé est un alchimiste d’une espèce bien particulière. Son amour ouvre une brèche et il vous y engouffre toute entière. Il opère avec perversité et commet le parfait larcin : dans la chute, le corps n’étanchant pas sa soif, il vous subtilise le coeur sans qu’aucune trace du crime ne transparaisse jamais. Un sentiment divin y prend sa place ; le coeur trop faible, dans l’opération, implose. C’est, dis-je, une poupée. L’amoureuse désincarnée s’accorde à la musique que l’on compose en son honneur. C’est bien connu : quand le moins averti se risque à des notes stridentes, la relation est désaccordée. Le charme s’évanouit dès lors que l’harmonie se rompt et la  poupée redevient ce que l’homme supporte le plus mal : une femme à l’état de nature. Faites vos gammes.

Bref…


Après m’être inventée des accointances avec l’idéologie rouge, après une brève admiration pour les anarchistes du temps d’une adolescence bien mal éclairée, je ne peux que me rendre à l’évidence à présent… C’est très surprenant de se rendre compte que l’on peut évoluer dans un sens complètement opposé à ce que l’on voulait être à un moment donné. Les aspirations que j’avais à 16 ans m’apparaissent vulgaires et naïves. Or, j’ai feint d’ignorer ces changements sensibles mais pourtant essentiels qui font de moi une personne autre, celle que je deviens, qui tend à l’expression honnête et sincère d’une identité profonde continuellement tenue prisonnière par : les lacunes du langage courant qui, inexact et grossier, caricature ; le prosaisme quotidien car l’être social, qui par définition tend à une intégration salvatrice – autrement dit une triste mais nécessaire uniformisation – a plutôt intérêt à tenir secrètes les pensées impropres à être révélées à n’importe qui, pensées précieuses que seule l’écriture est digne de porter et de supporter. Le langage et la vie normale et normée ont ceci de commun qu’ils réduisent.
J’ai l’impression d’être parvenue à la réalisation de souhaits obsolètes. Tout ce qu’exprime ma volonté est menacé par cette irrémédiable obsolescence car la volonté – du moins la mienne – change au gré d’influences et d’expériences éclairantes. Que de félicité pour la jeune fille de 16 ans vierge de malheurs et d’offenses au regard de mon existence actuelle. Pour moi, tout s’affadit et renaît sous la forme d’espérances nouvelles qui me laissent irrémédiablement insatisfaite. Mais j’ai lu quelque part que le bonheur est une trajectoire, un apogée en réalité idéal qu’aucun n’expérimente si ce n’est que par la force fantasmatique. Si tel est le cas, le bonheur est fait pour moi.
Ce que je dois admettre maintenant est le revirement subit de mon esprit qui portait aux nues certaines idées avant d’en faire l’objet d’une aversion profonde et viscérale. L’idée d’une servitude généreuse de ma propre personne au nom d’un altruisme bien pensant, bien niais, piètre cache-misère d’une conscience de fait coupable et suppliante, figurait parmi mes souhaits les plus chers avant d’un accès de lucidité me ramène à moins de fantaisie. Si la culpabilité était un glaive, j’en étais le fourreau, l’échancrure béante, prête à y voir s’enfourner des milliers et milliers de credo médiocres, et si nocifs pour l’individu qui sommeillait en moi, être instictif à l’égard duquel j’entretenais – à tort ! – un bien curieux mépris.
Je veux dire en substance : antidémocratie notoire. L’inélégance ultime réside en l’altération aberrante – bien qu’elle soit devenue monnaie courante – de sa propre personne au profit d’autrui. Cette mutilation conçue par tous comme le reflet d’un égalitarisme bienfaiteur m’effraie. Plus, elle me fait fuir et me laisse un peu d’amertume quand je suis témoin de la noyée fatale de philistins pathétiques dans cette mélasse informe. Appellez cela comme vous voulez… Célébration, communion, eucharistie, mêlées, foule, partage, partouze.

La réflexion continue…

 

Nuits de Chine

Nuits de Chine, nuits câlines, nuits d’amour,

Où l’on croit rêver jusqu’au lever du jour…


Figures

Idoles : Serge Gainsbourg/Béatrice Dalle

Béatrice Dalle

Philippe Sollers

Fabrice Luchini

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